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Commentaire de Christa Tittel, étudiante allemande
née en Roumanie
Je suis née en Roumanie à Timisoara. Ma famille est
dorigine allemande et faisait partie de la minorité
allemande. Jai y vécu pendant douze ans et jai
fait lexpérience dun régime dictatorial,
qui a influencé fortement la vie quotidienne. Jai vu
les difficultés contre lesquelles mes parents ont lutté
pour entretenir la famille et pour me rendre possible une enfance
agréable.
La révolution a commencé dans ma ville natale. Lentreprise
de mon père était la première qui est descendue
dans la rue. Je me souviens que cétait une période
émotionnellement riche, mais surtout chargée dangoisse,
car personne ne pouvait prévoir les conséquences des
actions menées.
Après la révolution tout a changé dun
jour à lautre. Les gens se sont sentis vraiment libres
mais aussi un peu perdus dans la nouvelle démocratie. En
1990, ma famille est partie en Allemagne.
Témoignage de M. Stelian Acaticai (45
ans), conférencier docteur à lUniversité
déconomie agricole de Timisoara
L'exaltation, les joies et les immenses espoirs des jours de la
révolution ont rapidement pris fin. Les nouveaux contextes
politiques, sociaux et économiques dans lesquels se sont
retrouvés les Roumains au lendemain de la Révolution
les ont placé dans un sentiment de profonde insécurité.
Toutes les « valeurs » inoculées pendant
quelques dizaines dannées ont perdu leurs sens. Notre
conscience bouleversée a peu à peu assimilé
les nouvelles valeurs de la démocratie et léconomie
de marché a démontré aux entreprises dEtat,
considérées « rentables » jusque
lors, leur impuissance de fonctionnement. Avec pour conséquence
des entreprises restructurées ou fermées, des milliers
d'ouvriers devenus chômeurs et lapparition des «
enfants des rues ».
La classe dirigeante politique et socio-économique a anéanti,
l'un après lautre, les espoirs réveillés
pendant les jours de la révolution. Les plus réalistes
ont pris leur vie en main et compris que seul un travail soutenu
et tenace pouvait leurs assurer une vie décente. Ils se sont
confrontés à de nombreux obstacles, parmi les mentalités
de certains de leurs collaborateurs, la bureaucratie, la fiscalité,
l'inflation...
L'amélioration économique et sociale est observable
depuis trois ans, mais elle ne répond pas parfaitement aux
attentes des Roumains. Lintégration dans les structures
de la Communauté Européenne ouvre beaucoup de perspectives,
même si celles-ci sont lointaines. Les Roumains devront être
conscients que lintégration européenne suppose
un énorme effort collectif qui aura aussi des retombées
négatives temporaires, mais le succès arrivera, certainement,
avec lamélioration signifiante du niveau de la vie
et, bien sûr, avec le sentiment que lespace roumain
est une des composantes de la culture européenne.
Propos recueillis le 15 novembre 2001 par
Christa Tittel.
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